Bretagne

Fañch et ses parents devant la justice

08 octobre 2018 à 17h45 Par Katell LAGRE / Alexandra BRUNOIS

Fanch peut-il s'écrire avec un tilde ?

C'est la question que doit trancher la Cour d'appel de Rennes, qui examinait cet après-midi le cas du petit Fanch né à Quimper en mai 2017. L'état civil avait accepté le tilde sur son prénom, mais le tribunal de Quimper avait ensuite refusé, en se basant sur une circulaire de 2014 qui exclut l'utilisation du tilde pour l'état civil.

Les parents du petit Fanch étaient présents, aujourd'hui, à l'audience, avec leur fils, et avec un comité de soutien. Lydia et Jean-Christophe Bernard sont résolus à poursuivre un combat qui pour eux dépasse leur simple cas :

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"C'est un combat aussi pour les futurs parents, qui veulent appeler leurs enfants Fañch ou autre, c'est aussi le respect de la langue bretonne, notre patrimoine, notre culture.. Avec tout le souitien que l'on a reçu, on ne fera pas marche arrière, on ira jusqu'au bout..."

De son côté, l'avocat de la famille Bernard estime que la circulaire de 2014 tombe dans l'excès et ne respecte pas l'esprit des textes plus anciens. Jean-René Kerloc'h, bâtonier des avocats de Nantes :

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"L'acte de naissance du petit Fañch est bien évidemment rédigé en français...On confond la langue avec les noms propres. Un nom propre n'a pas d'orthographe, que ce soit un prénom ou un nom.. On marche sur la tête quand on vient demander à ce que les noms soient écrits conformément à la langue française."

Dans ses conclusions, le tribunal de Quimper estimait qu'"autoriser le tilde reviendrait à rompre la volonté de notre Etat de droit de maintenir l'unité du pays et l'égalité sans distinction d'origine". Un non sens pour Jean-René Kerloc'h :

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"Prénommer un enfant Fañch, mettre un tilde, ce qui ne serait pas courant, remettrait en cause l'unité française... Quand vous imaginez qu'un certain nombre de personnalités politiques françaises ont des prénoms à consonance étrangère.. Je crains que notre ex ministre de la culture "Jack" Lang ne menace l'unité française."

Parmi les soutiens de la famille Bernard : le député Paul Molac, présent ce lundi au Parlement de Bretagne. Le député LREM morbihanais ne comprend pas la circulaire de 2014. Pour Paul Molac, ce combat pour le tilde du prénom Fañch n'est évidemment pas un combat contre la langue française :

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"C'est un combat du bon sens contre une espèce de religion d'Etat où la langue française est la seule qui devrait être parlée.. S'ils ont peur que la langue française disparaisse à cause de breton, ils n'ont pas à avoir peur, c'est plutôt l'inverse..Et ce n'est pas parce que l'on s'appelle Fañch que l'on va devenir un autonomiste poseur de bombes, c'est du grand n'importe quoi..."

A l'audience en appel, cet après-midi, à Rennes, l'avocat général a démandé la confirmation du jugement de Quimper, qui interdisait l'utilisation du tilde. La Cour d'appel rendra sa décision le 19 novembre.

Reportage de Yann Launay.